Les Fables de La Fontaine : la mise à jour

Les Fables de La Fontaine, d’un point de vue littéraire, disons-le sans ambages : c’est un trip de ouf, un truc trop frais. Mais avouons-le également : c’est plus un kif du tur-fu, car les scènes et leçons de vie qui y sont dépeintes ont trop pris de l’âge.

Il était donc grand temps de dépoussiérer un peu l’univers de Jean de La Fontaine, dans le fond et la forme, et de réécrire ses Fables les plus connues en y ajoutant, dans un langage argotique, des vices et des leçons de morale plus modernes.

Voici donc en exclusivité, pour Absurdie.com, quelques Fables de La Fontaine remises au goût du jour :

 

La Cigale et la Fourmi

La Cigale, s’étant droguée
                           Tout l’été,
Se trouva dans l’embarras
Quand la dose lui manqua.
Plus un seul petit sac
De blanche ou de crack.
Elle alla crier noirceur
Chez la Fourmi son dealer,
La priant de lui prêter
Un d’mi-gramme pour dépanner
Jusqu’au prochain RSA.
 » Je te paierai, qu’elle affirma,
Avant la fin de l’hiver,
Et en beaux p’tits billets verts.
La Fourmi ne fait pas crédit :
Elle deale, c’est pas une banque
– T’as fait quoi pour être en manque ?
Dit-elle à la pauvre junkie.
— Mec, sérieux, c’est dément :
J’ai sniffé tout mon kilo.
— T’as tout sniffé?!? Merde c’est ballot :
Et bien ! picole maintenant.
La Cigale, ayant chanté
                  Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’août, foi d’animal,
Intérêt et principal.
La Fourmi n’est pas prêteuse ;
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j’en suis fort aise :
Et bien ! dansez maintenant.

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Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau, dans un métro paqueté,

Tenait sous son aile l’Iphone 4.

Maître Renard par le vol trop tenté,

Accosta vite le bellâtre :

« Et salut Mec, sérieux, faut que je te dise :

Putain tu sens bon, ton parfum, il m’défrise!

Sans déconner, si tes aisselles

Sentent aussi bon que tes ailes,

T’es un sacré bon coup, et j’ voudrais bien t’niquer! »

A ces mots le Corbeau ne sent plus pisser ;

Et pour s’mousser la gueule,

Il écarte grand les ailes, laisse tomber l’Apple,

Le renard s’en saisit, et dit : « Mais souris donc Corbeau!

Tu voulais te faire niquer,

Et bien … c’est fait mecton!

C’te passe vaut bien ton Iphone, ducon! »

Le corbeau, honteux et abattu

Jura mais un peu tard, qu’on ne le baiserait plus.

Maître corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage. 
Maître renard par l’odeur alléché ,
Lui tint à peu près ce langage : 
«Et bonjour Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau! 
Sans mentir, si votre ramage 
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois»
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie. 
Le renard s’en saisit et dit: « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. »
Le corbeau honteux et confus 
Jura mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. 

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Le Loup et l’Agneau

La raison du plus fort est souvent la plus conne:
Et pour l’montrer, j’en ai une bonne.
Un Agneau s’lavait les bonbons
A la surface d’une petite mare.
Un loup débarque coké, qui cherchait la bagarre
Et que l’alcool rendait encor’ plus con.
« Qui t’a permis de souiller ma piscine ?
Beugla le félin plein de farine :
La vie de ma mère, tu vas l’payer !
Mec, répond l’Agneau, relaxe, respire du nez !
Franchement arrête ton char,
Regarde : c’est juste une mare !
Et puis si c’est bien une piscine
Où je lave mes mandarines
J’ai envie de te dire mon loulou :
Oui je me permets, c’est logique,
C’est une piscine publique!
Tu m’embrouilles, cria le Loup
Et je sais que t’as niqué ma sœur dans mon dos!
Comment j’aurais pu ? Je suis encore puceau !
Reprit l’Agneau, jamais rien fait de mon bout !
Ben alors c’est ton frangin, c’est tout !
Mon frère est gay. Ben alors c’est ton daron :
Vous me prenez tous la tête,
Toi, ta Famille, et tes Bonbons!
C’est décidé : faut que j’t’en colle une. »
Là-dessus, coups de boule, coups de poing,
Le Loup le fume, lui pique sa tune,
Et s’tire peinard, sourire en coin. 
La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l’Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau ; je tette encor ma mère
Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
Je n’en ai point. C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge. »
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l’emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

J.T.

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